L'effort de la raison

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L'effort de la raison

Pourquoi est-il important de faire l’effort de réfléchir, de raisonner, de comprendre ? 

L’instinct et l’intuition sont des traits innés chez l’être humain, qui lui font faire des choix et prendre des décisions rapides. Ils ne sont cependant pas toujours, et loin s’en faut parfois, raisonnables ou légitimes. Combien réagissent à chaud, par exemple en s’effondrant à l’annonce d’une mauvaise nouvelle, ou en s’insupportant du comportement d’une personne qu’ils ne comprennent pas.

Cependant, là où les situations d’urgence demandent une intuition forte et un instinct vif, toutes les autres méritent d’être considérées avec esprit, avec raison. Ce qui nous distingue des autres espèces, c’est notre capacité à réfléchir en profondeur, et à aller loin dans nos raisonnements. Et je me permets d’insister sur le terme de capacité, qui illustre une potentialité qui est inutile si non-exploitée.

Pour répondre à la première question, sorte de mise en jambe, je dirais que si il n’y avait pas de femmes et d’hommes pour réfléchir, le progrès ne serait pas. J’irai même plus loin en faisant observer que si l’Homme n’avait pas réfléchi et inventé, l’humanité serait éteinte ou vivrait peut-être encore dans des grottes. Ce sont les découvertes, petites et grandes, qui nous ont menées à toute la connaissance, la technologie et la compréhension que nous avons aujourd’hui du monde.

Une remise en question perpétuelle nécessaire

Raisonner, c’est apprendre à penser contre soi-même, ainsi que le soulignait Jean-Paul Sartres dans “Les Mots”. Venons-en donc à un rebond sur l’instinct et l’intuition. Même si les choses, incluant les plus futiles, nous paraissent évidentes, gardez en tête qu’elle ne le sont pas nécessairement. Remettez-vous en cause, car vos sens vous tromperont plus d’une fois !

Très bon exemple que celui de Galilée, qui dût s’accommoder d’une majorité de sceptiques et d’adversaires de pensée lorsqu’il constata une chose tout à fait contre-intuitive : tous les corps tombent à la même vitesse. Vous entendrez encore régulièrement qu’un objet plus lourd tombe plus vite qu’un objet plus léger. Et pourtant, que se passe-t-il si au lieu de lâcher une boule de pétanque seule, vous l’attachez à la balle de tennis qui tombe plus lentement qu’elle ? L’ensemble des deux forme un corps plus lourd. Pourtant, la balle de tennis va ralentir la boule de pétanque et le duo chute moins vite que la boule de pétanque seule. A noter ici que c’est principalement la résistance de l’air qui a plus de mal à retenir un objet plus massif.

Au delà de cette exemple historique, scientifique et très édifiant, je suis certain que vous même avez déjà fait face à des situations où vous n’aviez aucun doute sur votre point de vue, qui a ensuite volé en éclat après une vérification. Gardez cela à l’esprit lorsque votre instinct vous fait porter des jugements un peu trop rapides. Le doute, notion chère à Descartes, est un moteur qui ne pourra vous faire que progresser.

Le défi de la société actuelle

Dans nos sociétés occidentales, l’esprit est malheureusement de plus en plus mis au rebut, supplanté par des désirs tout à fait individualistes. Difficile de trouver un coupable, et de toute façon est-ce vraiment nécessaire ? L’offre et la demande autour du “Moi je” n’a fait que croître, et le divertissement a fait apostasie à son étymologie. Là où l’on se divertissait pour échapper à ses préoccupations, aujourd’hui c’est devenu le sens de la vie de beaucoup trop ; ceux-là même qui ont oublié de se demander quel sens aura leur existence au-delà d’elle même ?

J’ai entendu des professeurs et experts de différents corps exposer l’écart d’attention et de concentration dans les classes entre il y a quelques décennies et de nos jours. Les élèves peinent à rester à l’écart de leur smartphone et la compréhension est très laborieuse. Alors, la faute à l’éducation des parents ou les méthodes des professeurs ? Au marketing et à sa sacro-sainte publicité qui se débrouille pour accaparer l’attention de tout un chacun en tous lieux et à tous moments ? Au milieu dans lequel baignent les enfants ?

Il semblerait, selon des études plutôt sérieuses (exemple du Daily Mail ici), que le quotient intellectuel soit en chute depuis les années 90. Nous, pays qui nous auto-proclamons développés, serions-nous en train de nous dé-développer ? On entend même parler de pertes de niveaux de plusieurs classes. N’est-ce pas là une sonnette d’alarme à prendre au sérieux pour les générations à venir ?

Cela a pour conséquence malheureuse de creuser l’écart entre les élites intellectuelles qui se détachent de ce modèle et qui sont jugés pédants ou hautains par ceux qui sont de l’autre côté de la balance (pourtant franchissable) de la pensée. Je vous invite à visionner des conférences de physiciens, de philosophes ou de penseurs en général. Vous vous rendrez assez vite compte qu’il y flotte généralement une atmosphère bienveillante empreinte de modestie.

C’est là qu’intervient effectivement la notion d’effort, terme de moins en moins familier à mesure des générations ; symptôme d’une société de consommation paresseuse. Le français moyen n’est pas porté sur l’esprit, car il pense qu’il est trop tard pour apprendre, ou bien que c’est inutile. Mais ne se sentira-t-il pas ridicule lorsque son fils viendra lui demander de l’aide pour ses devoirs de collège, et qu’il ne sera pas capable de répondre ? Il me semble qu’un petit événement tel que celui-ci peut totalement décourager un enfant de l’apprentissage. Apprendre, comprendre puis être capable de partager, c’est un élan vers le futur.

Bien entendu, ne vous privez surtout pas de divertissement et de moments heureux, car ils sont un carburant essentiel. N’oubliez cependant pas que brûler du carburant sans moteur ne mènera pas le vaisseau de votre être bien loin, et risque peut-être même de vous asphyxier sur place.

Conclusion

Il me semble que cette rédaction est déjà bien assez exhaustive pour le message que je souhaitais imprimer en première entrée du blog de l’Échelle de la Pensée. C’est au final une espèce d’introduction à nos actions, initiatives, et forcément à nos convictions.

Réfléchir, raisonner, faire l’effort de comprendre pour transcender sa condition personnelle et égocentrique. Voilà ce qui fera de vous un être humain qui a sa place parmi les autres.


— par Guillaume REYNAERT

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Guillaume REYNAERT
Président EDLP
« Bien sûr, c'est un peu le serpent qui se mort la queue... Mais disons que cette évocation du ridicule en tant que telle suscite déjà, je le pense, un premier élément de réflexion ; et invite à une petite prise de conscience.
Merci pour ton retour, qui reflète déjà un bel intérêt pour la question ! »
Joëlle Reynaert
« Le français moyen n’est pas porté sur l’esprit, car il pense qu’il est trop tard pour apprendre, ou bien que c’est inutile. Mais ne se sentira-t-il pas ridicule lorsque son fils viendra lui demander de l’aide pour ses devoirs de collège, et qu’il ne sera pas capable de répondre ? : Sur ce sujet, je pense que le français moyen ne se sentira pas ridicule puisqu'il n'est pas porté sur la réflexion ni l'effort et ne verra pas non plus le besoin de son fils ! »